La bibliothèque de Saint-Victor et les gens de savoir

Publié le 29 mars 2008 Mis à jour le 2 septembre 2010

Table ronde, 2 février 2008

À deux siècles de distance, Rabelais dans Pantagruel et Montesquieu dans les Lettres persanes ont fait la fortune littéraire de la bibliothèque de Saint-Victor. Leur plume acerbe a érigé la librairie des chanoines en symbole d'un monde de clercs, ayant renoncé à tout dynamisme intellectuel et vivant replié sur un savoir suranné. Mais, a contrario, le choix de leur archétype témoigne que la librairie de Saint-Victor demeure une référence suffisamment connue et significative pour qu'elle puisse être partagée avec le public cultivé qu'ils entendent toucher.

 En effet, depuis la fondation de l'abbaye, les chanoines ont eu le souci de se constituer un fonds pouvant répondre aux besoins des études. Siècle après siècle, ils l'ont enrichi, classé, inventorié. Très tôt, ils en ont ouvert les portes et, par le système du prêt de manuscrits, la bibliothèque est devenue lieu et occasion d'échanges intellectuels avec l'extérieur.
Cette situation de carrefour culturel est officialisée lorsque, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, la librairie des chanoines devient une bibliothèque publique.

 

 

Ce nouveau statut, comme les travaux répétés dont la bibliothèque fut l'objet jusqu'à la veille de sa fermeture en 1791, dit assez combien les fonds - manuscrit et imprimé - qui y étaient rassemblés, répondaient à une attente réelle de la part des « gens de savoir ».
Mais quel(s) usage(s) ceux-ci en firent-ils depuis sa fondation jusqu'à sa dispersion ? Comment dès l'origine, la bibliothèque fut-elle une occasion de contacts intellectuels avec les litterati, clercs et laïcs ? Quelles furent les politiques d'acquisition, d'échange, de vente du patrimoine livresque ? Que nous disent les inventaires de l'offre proposée aux lecteurs ?
Quel rôle jouèrent les bibliothécaires ? Peut-on établir des liens évidents entre certains d'entre eux et l'usage que firent du fonds victorin par exemples les historiens de l'histoire parfaite, les érudits et les antiquaires ou encore les encyclopédistes ? La dispersion du fonds révèle-t-elle de la part des acquéreurs des stratégies culturelles particulières ?

 Programme de la table ronde


1. Constitution et enjeux de la bibliothèque médiévale
- La bibliothèque des origines : projet d'un catalogue (Fr. Gasparri, CNRS-IRHT)
- " Prudens lector" : la pratique des livres et de la lecture selon Hugues de Saint-Victor. (D. Poirel, CNRS-IRHT)

2. Une bibliothèque au service des historiens, des érudits et des antiquaires ?
- La bibliothèque de Saint-Victor au service des rénovateurs de l'histoire de France vers 1500? Nicole Gilles, Robert Gaguin et Paul Émile face aux ressources (Fr. Collard, Paris X)
- L'architecture et les aménagements de la bibliothèque à l'époque moderne (J. - P. Willesme, Musée Carnavalet)
- « Être bibliothécaire à Saint-Victor » (D. Varry, ENSSIB)

3. Du Siècle des Lumières à la dispersion
- La bibliothèque de Saint-Victor et les Lumières (G. Artigas-Menant, Paris 12 - ELISEM)
- L'inventaire de la bibliothèque en 1791 (J. - M. Le Gall, Rennes 2)
Conclusion par J.-L. Quantin (EPHE).